Quels sont les inconvénients du bokashi ?

Quels sont les inconvénients du bokashi ?
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Adopter le compostage bokashi semble séduisant pour gérer nos déchets organiques, notamment en milieu urbain. Cette méthode japonaise de fermentation anaérobie promet une solution compacte et rapide pour transformer nos épluchures en ressource fertile. Pourtant, après avoir testé plusieurs techniques de valorisation des biodéchets dans nos pratiques quotidiennes, nous constatons que le bokashi présente des contraintes significatives qu’il convient d’examiner avant de vous lancer. Ce système repose sur un seau hermétique où les déchets sont saupoudrés d’un activateur microbien à base de son de blé, de mélasse et de bactéries lactiques. Le processus de fermentation dure environ 2 à 4 semaines, durant lesquelles les micro-organismes transforment la matière organique sans oxygène. Mais cette apparente simplicité cache plusieurs difficultés pratiques que nous avons identifiées au fil de nos expériences.

En bref :

Points clés Précisions importantes
🔄 Principe de fermentation Transformation anaérobie en 2 à 4 semaines sans oxygène ni chaleur
🏙️ Contrainte majeure urbaine Le digestat nécessite maturation en terre pendant 2 à 4 semaines supplémentaires
💰 Coûts récurrents Investir dans activateur microbien tous les 4 mois environ 10 euros
⏸️ Interruption du cycle Prévoir deux seaux pour maintenir compostage continu sans accumulation de déchets
👃 Odeurs désagréables Émanations aigres-douces fortes à l’ouverture malgré promesses système hermétique
💧 Liquide de fermentation Diluer 10 ml par litre d’eau pour éviter brûlure des plantes

Qu’est-ce que le composteur bokashi et comment fonctionne-t-il vraiment ?

Le terme bokashi, qui signifie « matière organique bien fermentée » en japonais, désigne une technique de compostage basée sur la fermentation anaérobie. Contrairement au compostage traditionnel qui nécessite de l’oxygène, cette méthode se déroule en milieu hermétique. Le dispositif se compose d’un seau étanche muni d’un robinet de récupération, d’une grille de drainage et d’un couvercle hermétique. Les déchets organiques y sont déposés par couches successives, chacune saupoudrée d’environ 20 ml d’activateur bokashi contenant des levures, des bactéries lactiques et des micro-organismes photosynthétiques.

Ce qui différencie fondamentalement le bokashi du compostage classique, c’est l’absence totale d’oxygène durant la transformation. Le tas ne chauffe pas, contrairement au compost traditionnel qui monte en température lors de sa décomposition aérobie. Cette fermentation en milieu anoxique évite l’émission de CO2 dans l’atmosphère et permet de conserver la quasi-totalité de l’énergie et du carbone contenus dans la matière organique. Le processus génère également des molécules bioactives comme des antioxydants, des antibiotiques naturels et des enzymes bénéfiques pour le sol. Selon une étude publiée en 2019, la fermentation lactique réduit jusqu’à 75% les émissions de gaz à effet de serre comparativement au compostage aérobie classique.

Le composteur accepte une grande variété de déchets, y compris la viande et les produits laitiers, habituellement proscrits dans le compost traditionnel. Néanmoins, il faut découper les aliments en petits morceaux pour accélérer la fermentation, veiller à tasser chaque couche pour évacuer l’air, et maintenir une température inférieure à 35°C. Tous les 3 à 5 jours, un liquide de fermentation s’accumule dans le compartiment inférieur et doit être évacué via le robinet. Ce jus constitue un engrais liquide concentré, mais son pH acide nécessite une dilution avant utilisation. Après avoir rempli le seau en environ un mois, la fermentation se poursuit pendant 2 à 4 semaines supplémentaires, couvercle fermé, avant que le digestat ne soit prêt à être extrait.

Les principaux défis du bokashi en environnement urbain et leurs conséquences pratiques

Le premier obstacle majeur du bokashi concerne le traitement du digestat obtenu après fermentation. Cette matière, bien que transformée chimiquement, conserve visuellement l’aspect des déchets initiaux et présente un pH très acide. Elle ne peut absolument pas être utilisée directement comme fertilisant et nécessite une période de maturation supplémentaire de 2 à 4 semaines, mélangée à de la terre ou du terreau. Ce pré-compost doit idéalement être enterré dans un jardin ou épandu modérément sur une parcelle extérieure pour neutraliser son acidité et achever sa décomposition. Pour celles et ceux qui vivent en appartement sans accès à un espace vert, cette étape représente une difficulté insurmontable dans la gestion quotidienne.

Dans les zones urbaines denses, trouver un endroit pour disposer du contenu d’un seau bokashi plein devient une véritable course d’obstacles. Nous devons rechercher des jardins communautaires, des points de compostage collectif mis en place par certaines municipalités, ou négocier avec des propriétaires de jardins partagés. Cette logistique supplémentaire transforme ce qui devait être une solution simple en processus complexe nécessitant planification et démarches. Pour les personnes disposant d’un balcon, il reste possible de mélanger des quantités limitées de digestat avec du terreau dans de grands pots ou bacs à plantes, mais cette option ne résout que partiellement le problème pour les producteurs réguliers de déchets organiques.

Le deuxième inconvénient substantiel concerne l’interruption du cycle de compostage. Une fois le seau plein, vous ne pouvez plus y ajouter de nouveaux déchets pendant les 2 à 4 semaines de fermentation requises. Cette pause forcée oblige soit à accumuler les déchets organiques par d’autres moyens, soit à investir dans un deuxième seau bokashi pour maintenir une rotation continue. Un second composteur représente un coût supplémentaire de 50 à 100 euros selon les modèles, ainsi qu’un besoin d’espace de stockage doublé. Pour les citadins disposant de surfaces réduites, installer deux seaux de 16 litres dans une cuisine devient problématique, même si certains modèles au design moderne s’intègrent discrètement sous l’évier.

Le troisième défi porte sur les odeurs potentiellement désagréables. Malgré les promesses d’un système sans émanations, la réalité rapportée par de nombreux utilisateurs diffère sensiblement. Dès l’ouverture du couvercle pour ajouter des déchets, une odeur aigre-douce très forte peut envahir la cuisine, nécessitant une aération immédiate. Le liquide de fermentation dégage également des effluves franchement nauséabondes selon plusieurs témoignages. Ces odeurs résultent généralement d’un déséquilibre dans le processus : insuffisance d’activateur, excès d’humidité ou fermeture incomplète du seau. La vigilance constante devient indispensable pour maintenir les conditions anaérobies optimales, ce qui demande une attention quotidienne peu compatible avec un rythme de vie urbain chargé.

Comparaison entre bokashi, lombricompostage et compost traditionnel

Pour vous aider à choisir la méthode la plus adaptée à votre situation, nous avons comparé les trois principales techniques de valorisation des biodéchets. Ce tableau synthétise leurs caractéristiques essentielles :

Critère Bokashi Lombricomposteur Compost classique
Processus Fermentation anaérobie Décomposition par vers Décomposition aérobie
Durée totale 6 à 8 semaines 3 à 6 mois 6 à 12 mois
Déchets acceptés Viande, produits laitiers, tous végétaux Uniquement végétaux, pain Végétaux, déchets de jardin
Compost produit Digestat nécessitant maturation Prêt à l’emploi Prêt à l’emploi
Coût initial 50-100€ + activateur récurrent 60-150€ 0-80€
Espace nécessaire Intérieur possible, besoin externe pour vidage Intérieur ou balcon Extérieur obligatoire

Le lombricomposteur présente des avantages notables pour les environnements urbains. Il produit un compost directement utilisable, riche en nutriments, ainsi qu’un thé de compost très concentré. Les vers de terre transforment continuellement les déchets sans interruption du processus. D’un autre côté, cette méthode impose des restrictions strictes sur les types de déchets acceptés : pas de viande, pas de produits laitiers, pas d’agrumes en excès ni d’aliments trop acides. La gestion des vers nécessite également une attention particulière concernant la température, l’humidité et l’équilibre alimentaire de la colonie. Une expérience que nous avons menée consistait à alimenter un lombricomposteur avec du digestat de bokashi : les vers ont survécu et semblé apprécier, bien que l’acidité initiale ait ralenti leur activité.

Le compostage traditionnel reste la référence en termes de simplicité et de coût minimal. Il nécessite peu d’équipement spécialisé, accepte de grandes quantités de déchets verts et produit un amendement mature directement exploitable au jardin. Néanmoins, cette technique exige un espace extérieur dédié, un retournement régulier du tas pour l’aération, et un temps de maturation considérable. Pour les jardiniers disposant d’un terrain, cette solution demeure la plus économique à long terme. Les adhérents à des structures comme Coopérative SAP pour jardiniers, pourquoi adhérer ? bénéficient souvent de conseils pratiques et d’un soutien communautaire pour optimiser leur compostage, quelle que soit la méthode choisie.

Le bokashi a pour particularité sa rapidité et sa capacité à accepter tous types de déchets organiques, mais cette polyvalence a un prix. Le coût récurrent de l’activateur, estimé à environ 10 euros tous les 4 mois pour un sachet d’1 kg, représente une dépense continue. Certains utilisateurs tentent de contourner cette contrainte en recyclant une partie du digestat pour recréer leur propre activateur, mélangé à du marc de café et de la mélasse. Les résultats restent variables et l’efficacité semble diminuer en période hivernale, nécessitant finalement un réapprovisionnement commercial régulier.

Gestion du liquide de fermentation et solutions aux problèmes fréquents

Le jus de bokashi constitue à la fois un atout et une source de complications pour les utilisateurs. Ce liquide ambré, riche en nutriments et en micro-organismes bénéfiques, doit être récupéré tous les 3 à 5 jours via le robinet du compartiment inférieur. Sa production varie considérablement selon la nature des déchets compostés et la température ambiante : les fruits et légumes riches en eau génèrent davantage de jus que les éléments secs comme le pain ou les coquilles d’œuf. Plusieurs utilisateurs rencontrent en revanche un problème récurrent : l’absence totale ou la faible quantité de liquide produit. Les causes principales incluent une proportion insuffisante de déchets humides, un blocage au niveau de la grille de drainage, ou une mauvaise étanchéité du système.

L’utilisation de ce concentré fermenté nécessite une dilution rigoureuse pour éviter de brûler les plantes. Nous recommandons les proportions suivantes selon vos besoins :

  • Arrosage hebdomadaire des plantes d’intérieur : 10 ml de jus pour 1 litre d’eau
  • Fertilisation intensive des jardinières : 10 ml de jus pour 2 litres d’eau
  • Entretien des canalisations : 100 ml de jus dilué dans 1 litre d’eau, versé directement dans les éviers et lavabos

Malgré ces recommandations, des expériences malheureuses ont été rapportées. Un arrosage de cyclamens avec du jus bokashi dilué a provoqué un jaunissement brutal du feuillage et la disparition complète de la plante, laissant craindre que les bulbes aient été chimiquement brûlés par l’acidité excessive. Face à de tels risques, certains utilisateurs prudents préfèrent utiliser le liquide exclusivement pour l’entretien des canalisations, où ses propriétés dégraissantes et désodorisantes font merveille, plutôt que de risquer d’endommager leurs cultures.

Au-delà de la gestion du liquide, le bokashi impose des contraintes d’utilisation strictes qui peuvent rebuter les personnes recherchant une solution simple. Chaque apport de déchets doit être précédé et suivi d’une couche d’activateur de 20 ml, soigneusement répartie. Le tassement méticuleux de chaque couche s’avère indispensable pour évacuer l’air et garantir les conditions anaérobies nécessaires à la fermentation. La découpe préalable des aliments en petits morceaux accélère le processus mais ajoute une étape de préparation. Le couvercle doit rester hermétiquement fermé entre chaque utilisation, avec une vigilance particulière sur la position du robinet qui doit toujours être en position fermée pour éviter les fuites. Ces règles d’utilisation, bien que logiques, demandent une rigueur quotidienne et une constance que tous les foyers ne peuvent maintenir durablement.

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